L’entrepreneuriat social est un mouvement de fond mondial qui participe au renouvellement des modèles économiques dominants qui ont montré leurs limites – économie de marché financiarisée ou bien prédominance de l’Etat – en créant une troisième voie émancipatrice à mi-chemin entre ces deux pôles. Il cherche à mettre l’efficacité économique au service de l’intérêt général.
Les entreprises sociales sont ainsi des milliers à faire la preuve chaque jour que l’on peut répondre efficacement aux besoins sociaux et environnementaux (santé, exclusion, logement, éducation, énergie, mobilité, etc.), tout en étant économiquement viable.
Quelque soit le statut juridique qu’elles adoptent (association, coopérative, mutuelle, SA(RL), SAS, …), les entreprises sociales intègrent donc les objectifs de l’action publique tout en s’inscrivant pleinement dans le marché. Elles s’efforcent d’être performantes économiquement pour résoudre de façon efficace les problèmes sociaux et environnementaux auxquels ni l’Etat, ni le marché ne savent répondre seuls.
Leurs dirigeants sont avant tout motivés par l’intérêt général. Le profit est pour eux un moyen, non une fin en soi. Ils cherchent à concilier initiative privée et solidarité, esprit d’entreprise et volonté de rendre l’économie plus humaine, rentabilité et partage des richesses.
Les entrepreneurs sociaux réconcilient l’économique et le social via un modèle d’entreprise qui repose sur 4 piliers dynamiques :
Comme son nom l’indique, une entreprise sociale est avant tout une entreprise. Une initiative privée insérée dans un marché concurrentiel et indépendante des pouvoirs publics. Elle se fonde donc sur un modèle économique viable induisant une prise de risque, une capacité à innover pour répondre et s’adapter à des demandes de marché, par une production de biens et/ou de services, la création de richesses et d’emplois. Il ne peut pas y avoir de projet social fort sans projet économique fort et il serait stérile de les opposer. Tout l’enjeu de l’entreprise sociale est de ré-encastrer le social dans l’économique.
L’objet d’une entreprise sociale est de répondre à un besoin social, sociétal ou environnemental. Autrement dit, sa mission première est d’atteindre, au-delà de son seul impact économique, un impact social, sociétal ou environnemental positif. Cela est possible par le biais du recrutement de ses salariés (précaires, en situation d’exclusion, handicapés, …), par le biais de ses méthodes de production (production dans des conditions éthiques, favorisant le développement local, …), ou encore par le biais de sa clientèle / ses bénéficiaires (publics non solvables, …).
Cette mission sociale doit être inscrite dans l’objet social de l’entreprise ou le pacte d’actionnaires. L’entreprise doit disposer également d’outils et d’indicateurs pour évaluer cette finalité dans la durée (« langage de la preuve ») : l’entrepreneuriat social ne se décrète pas, il se démontre au quotidien !
Comme toute entreprise, l’entreprise sociale doit être rentable pour exister, survivre et se développer. Cependant, elle place cette rentabilité au service de sa finalité sociale et/ou environnementale. Elle limite sa lucrativité pour redistribuer les bénéfices qu’elle produit vers son projet social. Cela lui permet de disposer de ressources supplémentaires pour maximiser son impact social sur le long terme.
Le principe de lucrativité limitée se traduit par des logiques de fonctionnement simples :
- Les excédents sont mis au service du développement du projet social/environnemental de l’entreprise et des hommes (mises en réserves, investissements, fonds propres, partage avec les salariés, etc.).
- La rémunération du capital (le cas échéant) est limitée.
- L’échelle des salaires est encadrée (de 1 à 10).
Dans une entreprise sociale, le processus de décision n’est pas fondé sur la propriété du capital. L’entreprise sociale cherche à y impliquer ses parties prenantes (salariés, collectivités, financeurs, bénéficiaires, fournisseurs, …), pas au nom d’une idéologie mais au nom de l’efficacité et de la qualité du service qu’elle produit.
La définition de l’entreprise sociale du Mouves, en phase avec celles existant ailleurs en Europe, se résume donc ainsi :
«Les entreprises sociales sont des entreprises à finalité sociale, sociétale ou environnementale et à lucrativité limitée. Elles cherchent à associer leurs parties prenantes à leur gouvernance.»
3 idées reçues sur l’entrepreneuriat social :
A l’intérieur du cadre imposé par l’Etat détenteur de la légitimité démocratique et garant de l’intérêt général (mais sans en avoir le monopole), il est possible de s’appuyer sur des initiatives privées pour atteindre des objectifs sociaux et/ou environnementaux.
Pour répondre à la croissance et à la complexification des besoins sociaux, les voies actuellement privilégiées pour assurer les services publiques ne sont pas à la hauteur des enjeux. D’une part, la gestion par les administrations est souvent trop lourde, peu efficace, peu innovante et peu adaptée au « sur mesure de masse ». D’autre part, les solutions proposées par le privé lucratif et sa vision court-termiste de la rentabilité ne fonctionnent pas de manière optimale. Elles ne baissent pas forcément les coûts pour les usagers et ne prennent pas en compte les populations les plus fragiles et les moins solvables.
Profondément ancrées dans leur environnement, les entreprises sociales offrent des solutions variées, « cousues main », innovantes et performantes car elles émanent directement des besoins des utilisateurs dont elles sont proches. Si l’Etat ne peut ou ne veut prendre en charge les problèmes d’une communauté particulière, les entreprises sociales prennent le relais. Si l’Etat ne peut ou ne veut différencier son action en fonction des publics auxquels il s’adresse, les entreprises sociales s’en occupent.
Ainsi, les entreprises sociales ne se substituent pas à l’Etat, mais interviennent de façon complémentaire à ses actions. Et si elles s’émancipent des pouvoirs publics, elles en respectent les normes pour mener à bien leurs missions d’intérêt général. En cela, elles font partie des solutions pour moderniser l’action publique.
Les entreprises sociales ne sont pas d’avantage subventionnées que les entreprises classiques, qui ne sont d’ailleurs pas les dernières à bénéficier d’aides publiques sous forme de défiscalisation, crédit d’impôt, aides à l’emploi, à l’immobilier, etc.
Si certaines entreprises sociales perçoivent des aides de l’Etat, c’est parce qu’elles prennent en charge une partie de la recherche collective du bien public. Par exemple, les entreprises d’insertion perçoivent une subvention pour l’accompagnement, la formation et le retour à l’emploi de personnes en grande exclusion. Mais même dans ce cas, la part de subventions publiques est marginale dans leur budget global. Pour le Groupe d’entreprises d’insertion Ares, elle ne représente par exemple que 15% de son budget annuel. Alors que cette entreprise permet chaque année le retour à l’emploi de plus de 400 salariés en insertion, souvent jugés inemployables par les entreprises « classiques ». On est loin d’une entreprise sous perfusion !
Il est légitime que ces efforts donnent lieu à des contreparties dans la mesure où L’entreprise sociale limite volontairement sa lucrativité pour poursuivre un objectif social.
Enfin, dans un contexte de diminution drastique des finances publiques, les entreprises sociales qui en dépendent sont de plus en plus conduites à diversifier leurs sources de financement pour assurer leur pérennité et leur développement.
C’est le contraire. Les entrepreneurs sociaux souhaitent construire une économie nouvelle qui réconcilie efficacité économique et utilité sociale, réussite individuelle et intérêt collectif. Mais cette ambition, ils n’en ont pas le monopole et ne souhaitent ni ne peuvent la porter seuls. Aujourd’hui, se contenter d’images d’Epinal – les fondations d’entreprise, simples agents du recul de l’Etat, les grands groupes, uniquement motivés par l’image, la philanthropie, juste un facteur d’accroissement des inégalités – ne mène à rien.
Partout, les enseignements des crises sociales et économiques mondiales imposent l’idée qu’une entreprise ne peut être durable et pérenne qu’à condition de combiner profit et impact social positif. Une entreprise ne peut se développer et croître convenablement dans un environnement social et écologique dégradé.
Nombre d’entreprises « classiques » l’ont compris et ont souhaité se rapprocher des entrepreneurs sociaux pour s’inspirer de leur modèle, contribuer à leur essor mais également développer avec eux des solutions communes pour répondre aux problèmes sociaux et environnementaux, tout en respectant une logique de performance économique.
Ainsi des collaborations « gagnant-gagnant » se multiplient, dans tous les secteurs d’activité et partout dans le monde. D’un côté, elles permettent aux entreprises sociales de changer d’échelle, de pérenniser leurs ressources financières, « d’industrialiser » leurs solutions, d’enrichir leurs compétences. De l’autre, elles permettent aux entreprises « classiques » de redonner du sens aux métiers de leurs salariés, de fédérer leurs équipes et d’imaginer de nouveaux business models en bénéficiant de l’expertise et des innovations des entrepreneurs sociaux. Autrement dit, ces collaborations leur permettent de dépasser une « simple » politique de responsabilité sociale (RSE) en replaçant les enjeux sociaux et environnementaux au cœur de leur stratégie, de leur offre et de leur business.
Ces rapprochements peuvent prendre différentes formes : mécénat financier et de compétence, prestation et sous-traitance, investissements, co-construction de produits et/ou services pour répondre à un besoin social (hybridation). Il est nécessaire de les encourager, dès lors que les répercussions sont favorables pour les deux parties et tendent vers un même but : placer l’efficacité économique au service de l’intérêt général.
Les entreprises sociales, par leur capacité à démontrer qu’il est possible d’être rentable tout en poursuivant un but social influent sur le capitalisme « classique » et les pratiques de ses acteurs. En ce sens, elles sont le cheval de Troie de l’économie sociale et solidaire dans le capitalisme.
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