Portrait : Gaël Desperriès – Skavenji

Ce mois-ci, projecteurs (alimentés par une énergie renouvelable) sur Skavenji et son fondateur Gaël Desperriès. Exemple d’un entrepreneur qui s’engage pour démocratiser la transition énergétique !

Votre parcours / comment êtes-vous devenu(e) entrepreneur(e) social ?

Comme pour beaucoup d’entrepreneurs sociaux, c’est le désir d’être utile qui a guidé le projet, puis l’entreprise. Je suis ingénieur de formation, spécialisé dans l’énergie ; mais au bout d’une dizaine d’années à travailler sur de gros projets industriels, j’ai commencé à trouver que nous étions en train de passer complètement à côté de certains enjeux de la transition vers un développement durable. Et en particulier l’implication citoyenne dans la transition énergétique, qui demeure largement industrielle voire censitaire, et toujours trop consumériste à mon goût. À cela se sont ajoutés une prise de recul et des questionnements plus personnels sur nos rapports aux technologies, le partage de la valeur, la gouvernance des entreprises, la justice sociale et environnementale, qui se sont traduits par un intérêt renforcé pour les low-tech et le monde des coopératives.
Le projet qui n’était pas encore Skavenji a mûri au fil des ans, de simple préoccupation à un véritable projet personnel, jusqu’à ce que je décide de le lancer.

Comment s’organise votre projet ?

Skavenji est une toute jeune startup niçoise, accompagnée par l’Incubateur Paca Est depuis un an et en partenariat avec l’Inria. Son but est de démocratiser l’autoconsommation énergétique en promouvant le développement des low tech et des énergies renouvelables citoyennes. Elle propose une box, que l’on peut aisément installer chez soi ou au bureau, et qui permet à n’importe qui de produire et consommer directement de petites quantités d’électricité à partir de sources personnelles, renouvelables et issues de la récupération, aussi simplement et librement que l’on cultive son propre potager : un panneau solaire ou une éolienne maison sur le balcon, un vélo d’appartement bricolé, etc.
Et comme le projet débute tout juste, que la SAS Skavenji n’a encore que peu de moyens, et qu’il est très difficile d’évaluer à l’avance l’intérêt que va susciter une innovation sociale “spontanée”, nous avons choisi de le lancer par une campagne de financement participatif qui est en cours – sur Zeste évidemment.

Quels sont les enjeux de votre structure ?

L’enjeu du projet Skavenji est triple : Tout d’abord bien sûr, il s’agit de permettre à chacun(e) de produire un peu d’électricité en toute liberté et de la consommer le plus simplement du monde, bref d’ouvrir la transition à la majorité qui n’est pas encore ne mesure de faire sa part, parce qu’elle n’en a pas les moyens financiers ou parce qu’elle vit en appartement par exemple.
Ensuite, le projet vise à donner les moyens aux citoyen(ne)s d’apprendre et de FAIRE : imaginer, construire, tester, partager leurs propres sources d’énergie, se réapproprier ce pilier de nos modes de vie.
Enfin, il est impératif de le faire de manière durable : pas question de “greenwasher” en créant un énième futur déchet électronique, voué à ne même pas compenser sa propre fabrication. Skavenji sera non seulement éco-conçue, mais devra présenter un bilan positif en termes d’énergie et d’utilisation des ressources. Cela signifie que la production d’énergie devra être réelle et significative sur la durée de vie de la box, mais aussi qu’elle incitera à davantage d’économies dans la manière dont on consomme cette énergie, et offrira également un débouché à certaines ressources encore considérées comme des déchets (vieux alternateurs, etc.).
Bref, les mêmes bénéfices qu’un potager en fait, appliqués à l’énergie !

Quels sont les obstacles que vous avez surmonté ?

Je n’ai pas le sentiment de les avoir déjà surmontés : même si la campagne sur Zeste démarre très bien -et j’espère qu’elle validera la pertinence du pari de Skavenji- il restera encore à pérenniser le projet, à recruter, à financer l’entreprise en lui donnat sa forme définitive… Jusqu’à présent le plus difficile aura été de convaincre mes tout premiers interlocuteurs de l’intérêt du projet, de son potentiel : nombreux étaient celles et ceux qui au début n’arrivaient pas à regarder la compétitivité d’une énergie ou du modèleet de Skavenji autrement qu’au travers du prix du kWh produit. L’exemple d’Enercoop est important aussi pour avoir démontré que non, le prix de marché ne fait pas tout, pas pour tout le monde.
Ensuite et comme dans tout projet entrepreneurial, il m’a fallu initier un nombre incalculable de choses, y compris dans des domaines où je n’avais aucune compétence, et qu’il a fallu acquérir, sur le tas, par des formations, où auprès de partenaires… C’est une expérience parfois vertigineuse, mais vraiment extraordinaire.

Avez-vous un conseil à donner pour un nouvel entrepreneur social ?

Mon premier conseil à tout(e) entrepreneur(e) est d’assumer ce statut et ses valeurs : “idéaliste” n’est pas un gros mot, et reste parfaitement cumulable avec d’autres comme “réaliste” ou “pragmatique”. L’important est de poursuivre son but social sans se laisser enfermer par le discours dominant dans la case des “doux rêveurs impuissants” avec toutes celles et ceux qui souhaitent améliorer un peu le monde dans lequel nous vivons. Pour moi l’entrepreneur social n’a pas vocation à tenir un rôle secondaire dans l’économie “classique” en en acceptant toutes les règles, mais à être un acteur de premier plan de l’Economie Sociale et Solidaire, et il est important de faire la paix avec ce choix, plutôt que de céder aux vaines injonctions de compétitivité-prix.
Certes l’ESS demeure une niche, car la majorité des citoyen(ne)s ne remettent pas (encore) en question leur mode de consommation en privilégiant les valeurs sur le prix. Mais mon expérience m’a montré jusqu’à présent que l’on a tout à gagner à rester cohérent(e), et tant pis si l’on démarre avec un tout petit groupe, à son échelle. Le petit colibri du logo de Skavenji est là pour me le rappeler.

Pourquoi avez-vous adhéré au Mouves ?

L’adhésion au Mouves m’a semblé naturelle dans le cadre de cette prise de position tout d’abord, comme le moyen de revendiquer mes valeurs autant que pour apprendre à structurer mon projet en accord avec elles. Je crois à l’idée d’un grand radeau que l’on co-construit, en se serrant les coudes, et qui permet d’accueillir de plus en plus de monde. La visibilité que le Mouves donne au modèle de l’entrepreneuriat social permet de dire à toutes celles et ceux qui en partagent les valeurs “Nous sommes là, et bien là, rejoignez nous !”.
Il rassemble de plus une communauté dans laquelle je me sens bien, et me reconnais. Il m’apporte son aide, ses conseils, ses contacts, son amitié parfois, et je m’efforce d’y faire ma part moi aussi. Ensemble, c’est quand même mieux.

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