Florent Motte – Les Cycles-Re

L’association Les Cycles-Re basée à Toulouse a pour ambition de récupérer et remettre en état des vélos cassés et abandonnés tout en employant et formant des personnes éloignées de l’emploi, mixant ainsi impact social et environnemental. Florent Motte, le fondateur nous raconte le parcours de ce concept inédit en France…

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

J’ai un Master 1 en droit public et en droit privé et un Master 2 en ressources humaines et économie solidaire. J’ai réalisé toutes mes expériences professionnelles dans le secteur de l’économie solidaire et essentiellement dans le champ de l’insertion par l’activité économique. J’ai travaillé sur différents projets dont La Glanerie à Toulouse où j’ai monté un atelier d’insertion que j’ai co-dirigé pendant 10 ans. Aujourd’hui, je monte un nouveau projet qui s’appelle Les Cycles-Re. La structure existe depuis 2015 et je m’y consacre à plein temps depuis septembre 2016.

Comment s’organise votre projet ?

Les Cycles-Re, c’est la création d’un parcours d’insertion et de qualification vers les métiers de l’industrie et du cycle à travers une activité de re-fabrication de vélos. Nous récupérons des vélos qui sont cassés ou abandonnés, notamment auprès de particuliers, de syndics et d’entreprises, et nous les re-fabriquons. Le vélo est entièrement démonté et les pièces d’origine nettoyées. Le cadre est sablé, apprêté, peint et vernis en cabine industrielle. Nous changeons les pièces d’usure (câblerie, selle, chaîne, pignon, poignées…) afin que le vélo soit comme neuf.

À quels enjeux répond-t-il ?

Le premier enjeu est social :

Ce projet doit créer une quinzaine d’emplois non délocalisables notamment pour des personnes en situation d’exclusion.

D’autre part, l’idée des Cycles-Re est de rapprocher des demandeurs d’emploi de métiers qui recrutent localement, et plus particulièrement du secteur de l’industrie. Ce secteur est en recherche d’opérateurs de niveau 5, notamment sur des métiers de peintres industriels et de soudeurs. Notre objectif est donc d’amener des personnes en situation d’exclusion vers de la qualification. Nous faisons de la formation en situation de production, ce qui permet de transmettre des compétences de manière beaucoup moins théorique. Nous souhaitons travailler aussi sur les compétences clés des salariés (remise à niveau maths, français, etc…) lorsque cela est nécessaire.

Nous avons également pour ambition de créer un atelier d’auto-réparation ouvert aux coworkers du Multiple (espace où nous travaillons à Toulouse) ainsi qu’aux habitants du quartier des Arènes et de la Patte d’Oie (où nous sommes installés). L’idée est que cet atelier soit animé par les salariés de l’atelier qui deviennent à leur tour formateurs. Cela permet un changement de posture très intéressant : on développe non seulement les compétences techniques mais également pédagogiques et de transmission.

Le second est environnemental :

Nous sommes une structure de l’économie circulaire et en ce sens, notre objectif consiste à éviter de jeter des objets qui peuvent resservir. Il y a beaucoup de vélos qui sont jetés chaque jour. L’idée est donc de donner une nouvelle vie à ces objets. Dans cet esprit, nous avons poussé la logique jusqu’au bout : nos paniers vélos sont faits à partir de caisses de vin que nous customisons, les poignées des vélos sont faites à partir de cuir de canapés récupérés en déchetterie, etc.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

Pour mener à bien ce projet, nous devons réaliser des investissements importants. Nous devons acquérir des machines industrielles neuves pour que les salariés travaillent dans les mêmes conditions que ce qu’ils retrouveront par ailleurs, et donc cela coûte cher. Dans un contexte économique frileux, il nous faut donc faire une levée de fonds la plus large possible en réduisant ce que nous demandons à chacun afin de trouver des partenaires financiers qui nous suivent sur le projet.

Parallèlement, les Cycles-Re développe un projet innovant qui nécessite d’arriver à convaincre les gens de nous suivre. Ce sera en effet le premier atelier d’insertion sur une activité de re-fabrication de vélos. Pour convaincre, nous mettons l’accent sur les mises en réseau pour faire connaître le projet.

Quel conseil donneriez-vous à un futur entrepreneur ?

Il faut être curieux et aller voir d’autres initiatives, en France ou ailleurs qui ont déjà fonctionné, s’en inspirer et les adapter au contexte local. Il est très important d’être ouvert par rapport à tout ce qui se passe autour de nous.

Pourquoi avoir adhéré au Mouves ?

J’ai connu le Mouves en participant à la Yess Académie portée par le Pôle Réalis / Région Occitanie puis à l’Impact Investing Day, journée du financement organisée par le Mouves en février dernier à Toulouse. Cet événement m’a vraiment été profitable car j’ai pu présenter mon projet en présence de la Présidente de la Région Occitanie et de la Secrétaire d’Etat en charge de l’Economie Sociale et Solidaire. J’ai rejoint le Mouves car il a cette dynamique très positive qui permet vraiment d’avancer.

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