Portrait de Louis-Xavier Leca – Le Carillon

Le Réseau Carillon est né en 2015 à Paris dans le 11ème arrondissement à l’initiative de Louis-Xavier Leca. Maraudeur à la Croix-Rouge, il se confronte très tôt à la réalité des gens de la rue et décide de s’investir pour eux en fondant le Carillon main dans la main avec les partenaires de terrain du monde de la rue.

L’objectif est d’outiller les citoyens pour faciliter le lien et l’entraide envers les personnes sans domicile fixe. L’histoire commence par 9 mois d’expérimentation locale dans le 11ème arrondissement de Paris et se poursuit par un passage à grand échelle fin 2016 puis par un essaimage en région en 2017.

Ce réseau solidaire d’habitants a pour vocation de recréer du lien avec les voisins de la rue. Cela passe à la fois par l’engagement des commerçants qui leur offrent des services au quotidien mais aussi par les habitants qui pré-achètent des produits et services de première nécessité à destination des SDF.

Le Réseau Carillon, c’est aujourd’hui 750 commerçants engagés en France dont 450 à Paris.

  • Pourquoi as-tu choisi de te lancer dans l’entrepreneuriat ?

J’ai choisi d’être entrepreneur car, tout simplement, je ne voyais pas comment faire autrement. Je souhaitais répondre à un besoin qui n’était pas encore couvert et c’est l’entrepreneuriat qui m’a offert le plus de possibilités pour innover et créer le format adapté.

J’avais ce projet en tête depuis plusieurs années. Après avoir travaillé pour « Lulu dans ma rue » comme bras droit du fondateur, je me suis retrouvé au cœur du projet qui a directement fait sens pour moi : refaire place à une relation humaine authentique et insuffler plus de confiance entre les habitants d’un même quartier.

Après un passage par l’incubateur de MakeSense (Sensecube) et un premier financement d’une Fondation, l’aventure Carillon commence enfin !

  • Pourquoi as-tu eu envie de créer une entreprise sociale plutôt qu’une entreprise classique ?

Le cœur du projet est animé par un enjeu social fondamental qui ne pouvait pas mieux se traduire que par la création d’une entreprise sociale.

J’étais animé par un moteur social qui n’aurait pas pu être compatible avec un modèle capitalistique classique.

Je souhaitais donner l’accès à des services et produits de manière inconditionnelle sans monétisation.

  • A quoi ressemble une journée type pour toi ?

Rencontrer un partenaire de terrain, enchainer par un rendez-vous institutionnel avec un grand mécène ou un élu. Puis je fais le point avec mon équipe et les personnes de la rue. La journée se finit par une soirée Carillon qui rassemble tous les habitants d’un quartier.

Entre temps, je gère la partie administrative et m’occupe des dossiers de financement.

  • Y a-t-il eu des étapes difficiles dans ton parcours ?

Les premières levées de fond ont été compliquées car nous avions des difficultés à rendre compte de l’impact de nos actions principalement axées sur la création de lien social. Le modèle était donc difficilement monétisable et complexe à vendre à des investisseurs.

J’ai dû être inventif pour réussir à trouver un modèle économique qui nous permettait d’être autonomes financièrement et emmener les services RSE des entreprises dans notre projet.

La contrainte temps était également complexe à gérer étant donné que les changements voulus ne seraient pas immédiats : les personnes à la rue doivent regagner confiance, nos actions constituent souvent la « première marche » du chemin à parcourir. Nous voulons casser le modèle classique d’aide et « faire ensemble » avec un échange dans les deux sens.

  • Quelle expérience considères-tu comme la plus marquante dans ta vie professionnelle à ce jour ?

L’expérience la plus marquante a été de se jeter à l’eau pour créer le Réseau Carillon. Le  sentiment d’isolement était assez présent quand j’ai débuté, je me chargeais de tout et étais beaucoup sur le terrain.

Ensuite est venue cette phase où le projet me dépassait complétement, ce n’est plus seulement moi mais des équipes qui comptaient sur moi.

J’ai mis un point d’honneur à mettre le plus possible d’horizontalité dans le mode de gestion du Réseau Carillon.

  • Quel est aujourd’hui l’enjeu principal de Carillon ?

Après une étude d’impact, il est apparu qu’il y avait encore des personnes sans-abris qui ne nous connaissaient pas, c’est pourquoi, je pense que notre plus grand objectif est de toucher encore plus de monde de la rue.

Nous souhaitons augmenter notre impact en créant une Mapp mobile simplifiée notamment pour les publics qui ne parlent pas français.

Nous souhaitons également diffuser le modèle plus largement en mettant en place un essaimage contrôlé en région afin de créer par la suite une vraie communauté Carillon sur le territoire français.

  • Aurais-tu trois conseils pour un futur entrepreneur ?

Rester proche de sa cible et du terrain

Bien s’entourer : le Comité Exécutif est très important dans les décisions stratégiques

Confronter ses idées en permanence car plus le projet grandi, moins tu es sur le terrain

  • Qu’est-ce qui te fait vibrer au quotidien ?

Mes équipes ! Voir toutes ces personnes qui s’engagent de manière inconditionnelle et qui partage une vision commune. Il n’y a pas d’égo ni de lutte de pouvoir, nous allons tous dans le même sens.

  • Pourquoi est-ce que tu as choisi d’adhérer au Mouves, qu’est-ce que ça t’apporte ?

Le Mouves permet de sentir que l’on fait partie d’un mouvement dynamique et en croissance constante ! C’est un réseau qui confronte les entrepreneurs sociaux entre eux et à leurs problématiques diverses, ça me parle.

 

 

 

 

 

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