Jean-Baptiste Rufach, directeur du développement de la Conciergerie solidaire PACA

Egalement membre du Comité de Pilotage du Mouves PACA, Jean-Baptiste Rufach nous partage son parcours, son expérience et ses conseils.

 

Un parcours engagé

Peux-tu nous décrire ton parcours ?

Originaire de Béziers dans l’Hérault, j’ai fait mes études à Toulouse, à Science Po pendant 5 ans. J’ai eu pas mal d’engagements associatifs, notamment président de la radio universitaire Good Morning Toulouse. Après une année de mobilité autour du monde (Toronto, Buenos Aires, Auckland, Bangkok…), j’ai réalisé mon stage de fin d’étude à l’AFEV, un organisme qui accompagne des élèves précaires tout au long de leurs études. J’ai, en parallèle, réalisé un mémoire sur l’émancipation critique de la jeunesse à travers l’enseignement de l’histoire.

J’ai ensuite commencé un deuxième master pour préparer le concours de professeur d’histoire-géographie, parce que je trouvais que c’était le plus beau métier du monde. Quoi de plus beau que d’accompagner la jeunesse à se former et à comprendre le monde pour ensuite en devenir actrice ? Au final, je me suis rendu compte que c’était en effet le plus beau métier du monde, mais qu’il n’était pas fait pour moi.

J’ai donc rejoint la Direction de l’Action Économique de Toulouse Métropole. J’étais en charge pendant quelques années de l’ESS sur le territoire, donc accompagner toutes les structures de l’ESS à se développer, à se structurer. J’ai rencontré tous les acteurs de la région, ce qui m’a donné envie de passer de l’autre côté. Je suis arrivé début 2019 dans la plus belle ville du monde, Marseille, par choix et par coup de cœur. C’est la ville des possibles et des contradictions, la ville où il y a beaucoup à faire. Je suis arrivé au Cloître, pour développer la Conciergerie Solidaire PACA.

 

Comment t’es-tu tourné vers l’ESS ?

J’ai toujours eu une sensibilité pour qu’on essaye collectivement de construire un monde meilleur, je ne connaissais pas forcément le milieu ESS quand j’étais étudiant, même si j’y étais de fait (c’était mon univers, l’associatif).

 

Quel apport de cette expérience du côté « institutionnel » ?

J’ai compris comment fonctionnait l’administration, et comment se positionner par rapport à elle pour avancer. L’innovation peut être freinée, il y a un vrai travail pour expliquer ce qu’est l’ESS et déconstruire les clichés, il faut montrer notre sérieux, qu’on a de l’impact, sur le volet social et environnemental.

 

La Conciergerie, un tremplin pour revenir sur le marché de l’emploi

Qu’est-ce que la Conciergerie solidaire et quel est ton poste ?

La Conciergerie est une entreprise d’insertion née en 2011 à Bordeaux, dans le plus grand tiers-lieu social et solidaire d’Europe, Darwin. Le cofondateur de Darwin était en charge du volet animation et logistique et a créé une conciergerie un peu sans s’en rendre compte. Il a ensuite choisi de développer à fond le concept de conciergerie dans des entreprises, d’autres tiers lieux, dans des quartiers, pour en faire un support d’insertion vers l’emploi. Aujourd’hui, le monde de l’insertion propose plutôt des postes plus manuels, alors que nous sommes dans le service et la relation client.

10 ans plus tard, avec une stratégie d’essaimage enclenchée entre temps, on est présent à Paris, Lyon, Chatillon, Marseille et nous sommes en train d’ouvrir d’autres antennes à Toulouse, Lille et Rennes.

Concrètement, on est une filiale, avec capital majoritaire du siège, et en minoritaire des entrepreneurs ou des personnalités marseillaises associées, comme Arnaud Castagnède, directeur du Cloître (dont vous pourrez trouver son interview ici). A Marseille, après un an d’existence, nous sommes une équipe de 7.  Je suis directeur du développement, en charge de toute la partie stratégie, marketing, développement commercial et cadrage de la partie opérationnelle.

 

Notre modèle économique repose sur la vente de forfaits de conciergerie à des entreprises, avec un accompagnement et un partenariat très fort des acteurs publics de l’emploi (Pôle emploi, Direccte…) pour construire les parcours d’insertion. Nos salariés restent entre 6 et 24 mois, nous les accompagnons pour lever les freins à l’emploi, monter en compétences, trouver un emploi pérenne et ainsi quitter leur situation de précarité. C’est vraiment un tremplin pour revenir sur le marché de l’emploi. Notre impact est double :

  • Contre la précarité et le chômage, car on recrute des profils atypiques et complexes très loin du marché de l’emploi
  • Pour les transitions : nous sélectionnons tous nos partenaires afin qu’ils aient le plus fort impact social et écologique possible. 42 % de nos partenaires sont font partie de l’écosystème ESS. Nous privilégions toutes ces entreprises qui ont à cœur, dans leur objet, de lutter contre les précarités, les inégalités femmes-hommes, la mondialisation de l’alimentation…

 

Quel est votre modèle de gouvernance ?

Notre modèle est très horizontal. Concrètement, on a un directeur territorial qui est associé sans être salarié – Arnaud Castagnède – qui pilote le projet, avec beaucoup d’autonomie pour chacun. On a un an et on grandit vite, de 1 à 6 salariés depuis mon arrivée (le premier recrutement) en février 2019, donc on apprend encore à se structurer.

 

Seul on va vite, ensemble on va loin !

Comment as-tu connu le Mouves ?

Je connais le Mouves depuis mon passage à la Direction de l’Action Economique. On travaillait ensemble, et j’ai gardé le lien en arrivant à Marseille avec cet écosystème. Au départ, je trouvais l’écosystème (et surtout son siège parisien) pas assez engagé, pas assez radical. Finalement, je me suis laissé convaincre que c’était un lieu efficace pour agir. On ne peut pas attendre d’être dans un collectif qui pense ou qui est totalement d’accord, c’est par la diversité qu’on avance. Je me suis donc laissé convaincre, notamment par Camille Auchet, qui est au CA du Mouves, que c’était un lieu intéressant et où on peut faire des choses, et j’en suis aujourd’hui convaincu.

 

Que t’apporte le Mouves ?

Un certain dynamisme, ça apporte une énergie complémentaire à celle de mon entreprise, et de manière plus concrète au niveau business une vraie visibilité pour le projet, des interactions dans des moments conviviaux qui débouchent souvent sur du concret (partenariat, clientèle). De la montée en compétence et en efficacité lors des journées thématiques, et un outil pour faire entendre notre voix – bien que les voix soient multiples – les valeurs qui nous rassemblent à savoir du plaidoyer pour une société plus juste et plus solidaire.

 

Comment as-tu rejoint le COPIL (Comité de Pilotage) ?

L’équipe du COPIL actuel m’a proposé de rejoindre l’aventure collective. Après quelques mois de réflexion, en novembre, j’ai franchi le « Rubicon ».

 

Que fais-tu au Copil ?

C’est un vrai engagement, ça prend un peu de temps. Il y a beaucoup de choses à faire, de travail sur la stratégie et l’impact local et d’action très concrètes. Je pense que c’est une ville où il y a beaucoup de besoins et de potentiels, beaucoup de choses sont faites, et beaucoup restent à faire. Travaillons ensemble, rencontrons-nous, échangeons : seul on va vite, ensemble on va loin !

On a un volet évènementiel très fort, avec des temps de convivialité, des after-works qui rassemblent la communauté du Mouves. On travaille avec les adhérent-e-s, sur le volet politique par exemple avec les municipales  : on a rédigé 10 propositions qu’on a proposé à tou.te.s les candidat-e-s, on a rencontré Michèle Rubirola et Sébastien Barles, c’est un travail qu’on a fait collectivement à 7-8 adhérent-e-s, pour montrer notre vision de ce qui pourrait être fait, sur l’ESS à Marseille par la future majorité. C’est aussi saisir les opportunités du quotidien pour agir, créer de l’offre pour les adhérent-e-s, de nouer des partenariats. Enfin en projet, on planche sur un système de codéveloppement, parrainé par un coach international pour lever les freins aux entrepreneurs. On travaille en ce moment sur des solutions concrètes pour affronter la crise actuelle collectivement « survire ensemble pour ne pas couler individuellement ». A suivre…

 

Un conseil pour les futur-e-s entrepreneur-e-s sociaux ?

Bien apprendre à se connaitre, et savoir ce qu’on veut. D’abord faire un bilan, en se questionnant, se formant en faisant des MOOC par exemple. Une fois qu’on est lancé, il faut être rigoureux, anticiper, s’informer, croire en soi, et ne pas baisser les bras, mais en même temps il faut savoir écouter les conseils.

Ne pas hésiter à se faire accompagner, à s’associer, jouer collectif, ne pas avoir peur de parler de son projet afin imposer l’idée comme la sienne, faire attention en se développant à ne pas perdre la notion d’impact, toujours garder ça en tête. Et enfin, travailler l’équilibre vie pro – vie perso, pour tenir son projet sur la durée, il faut avoir un bon équilibre.

 

Une définition de l’ESS ?

C’est une économie qui vient apporter une réponse aux besoin sociétaux et environnementaux non couverts par l’Etat ou le libre marché. C’est aussi diagnostiquer les invisibles qui sont en souffrance, ceux qui ont moins de force de communication ou d’existence médiatique. C’est une économie qui a vocation à inspirer les acteurs publics, et pas les remplacer, c’est un bras armé d’innovation et d’efficacité. Ce n’est pas non plus la solution miracle, les acteurs publics, les individus, les entreprises classiques ont aussi leur part à prendre.

 

« L’après confinement pourra être un moment de changement de paradigme ! »

Le CO-VID 19 bouleverse ta structure ?

Très concrètement, tous nos lieux d’intervention sont fermés. On a une inquiétude sur la trésorerie, on a perdu beaucoup de contrats qui devait se signer là, à cause du contexte. Sur le quotidien, on a essayé de profiter de ce temps pour réfléchir à une solution de reprise, afin de recommencer notre activité, elle devra sortir la semaine prochaine. Et puis aussi, réfléchir sur comment on apporte plus de sens et d’impact. L’après confinement pourra être un moment de changement de paradigme !

Les entrepreneurs sociaux peuvent réfléchir à comment nous faisons société, car ce qui se passe actuellement nous montre que notre façon de faire société n’est pas la plus efficace. Ça doit passer par un réveil citoyen, une pensée consciente et lucide, le monde de l’ESS a une place, des moyens d’action et des pensées à faire valoir, pour proposer des solutions. J’aime beaucoup la phrase d’Einstein « le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui regardent et laissent faire ».

 

Un conseil à appliquer pendant le confinement ?

C’est le moment de contacter de nouvelles personnes, qui ont parfois plus de temps pour nous répondre. Garder confiance et aller de l’avant !

 

Pour finir ?

Ne pas oublier de rester vigilant aux personnes qui vont le plus souffrir de cette crise, qui sont les plus invisibles, d’avoir une vigilance au quotidien dans nos actions, de pas les délaisser ! Le « vrai » drame est peut-être plus invisible qu’on ne le pense.

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